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Midis du GFII – 16e invité – François Bourdoncle

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Synthèse de la rencontre du 17 décembre 2013

Rémi Bilbault, Président du GFII, a accueilli François Bourdoncle en rappelant son parcours. Cofondateur et actuel Directeur Technique d'Exalead, aujourd'hui filiale de Dassault Systèmes, il est membre de la Commission Lauvergeon "Innovation 2030" qui a remis son rapport à François Hollande en octobre dernier : "Un principe et sept ambitions pour l'innovation".  (http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/134000682/). François Bourdoncle est également co-pilote du plan d’action Big Data, un des 34 grands projets de la "nouvelle France industrielle". 

Le Big Data est un enjeu industriel. Il faut structurer l’existant et tirer la filière par l'aval, en convaincant les utilisateurs de passer à l'acte et en éduquant les acheteurs. Nous sommes dans une phase d’évangélisation sectorielle pour passer de la réflexion à l'action, dans une phase de prise de conscience et d’identification des enjeux.

Il existe de grands groupes en France : il est primordial  qu’ils aient conscience que le business historique est aujourd’hui à risque et qu’ils se trouvent dans une situation fragile face aux géants du net. Le Big data apparaît de plus en plus comme une arme de guerre de l'industrie numérique américaine pour mettre la main sur tous les secteurs traditionnels, après la presse et la  musique...

Après une phase de désintermédiation, nous passons à une phase de réintermédiation, avec des acteurs internet (Google, Apple, Facebook, Amazon…) qui captent la valeur, dans des domaines de plus en plus variés. Nous avons d’ores et déjà des exemples : dans le tourisme, où les hôteliers doivent être présents sur les plateformes de réservation incontournables, qui ne leur laissent plus la maîtrise de leur politique commerciale ni de leurs marges. Il y a des risques aussi dans le monde de l'assurance ou du crédit, où les relations client sont moins développées que dans d’autres secteurs et où des gisements de productivité existent. 

Ces acteurs du web  ont un accès direct au grand public et à ses données. Grâce aux technologies du Big Data et à la captation des relations clients, ils ont la capacité à devenir les interlocuteurs privilégiés dans ces domaines, comme dans d’autres : la gestion de l’eau, la gestion de l’énergie, la construction automobile, la maison connectée, les smarts cities. Un autre exemple bien connu est celui de Malte, qui  a confié à IBM la gestion de l'eau. 

Il faut passer d’une logique défensive à une logique offensive. Les grands industriels français sont pour le moment dans une phase de déni. Il faut maintenant se mettre à inventer de nouveaux usages pour de nouvelles relations clients dans ces écosystèmes. A terme, toutes les entreprises du CAC 40 sont concernées. Alors que les Américains sont pragmatiques, les Français ont peur des innovateurs : il faudrait qu’on ait le courage d'avoir peur.

Un autre chantier concerne les gisements de données non valorisés dans les entreprises ou dans les organismes publics. Des approches complémentaires sectorielles sont nécessaires. 

Il faut lever les freins qui existent. Par exemple, la loi CNIL prévoit dans le traitement des données personnelles, la nécessité du respect de l'intention initiale de la collecte de données. Cet article ne correspond plus à la réalité, ni surtout à l'urgence économique. Il faut étudier comment faire évoluer le cadre tout en protégeant la vie privée. Plusieurs pistes sont possibles : un principe de réciprocité, une logique de labels associés à des processus industriels spécifiques ou des usages. Le  Big data doit aller de pair avec la confiance.

Il y a également de forts enjeux dans la formation et la formation continue. Nous avons besoin aujourd’hui de data scientists. Des MOOC proposant des formations courtes professionnalisantes pourraient être organisées.  L’Ecole des Mines développe déjà un Master Big data.

Il faut convaincre les pouvoirs publics de lancer des chantiers, de créer un centre de recherche technologique. Il faut en effet résoudre les problématiques liées à l’accès à des plateformes, capables d’accueillir ces masses de données, et de gérer l’accès aux données. Il faut en parallèle réfléchir aux innovations d'usage autour des nouvelles données (données de capteur…) et des nouvelles relations avec les clients à inventer. Parmi les chantiers en cours, il est envisagé la création d’une plateforme technique qui proposerait un annuaire des données, des contacts ouverts à l’expérimentation,...

Au delà de la recherche, il convient également d’organiser l'économie. Actuellement, nous avons des fonds d'investissement qui créent des incubateurs. La taille réduite de ces fonds  n’est pas satisfaisante et présente le risque de voir les données privatisées. Il y a une carte à jouer sur l'innovation d'usage et l’innovation sectorielle, tout en innovant aussi sur les modèles économiques (cf. Criteo ou Withings).

Après son intervention, François Bourdoncle s’est prêté au traditionnel jeu de questions/réponses avec les participants.

De nombreuses questions ont concerné le rôle de la CNIL, les questions relatives aux droits de propriété intellectuelle qui peuvent être attachés à certaines données et à la question de la qualité et de la qualification des données à l’heure des big data.  

Les participants ont souligné la difficulté de sensibiliser en interne les directions générales à l’importance des enjeux du big data. François Bourdoncle a insisté sur le fait que la sensibilisation doit se faire au niveau de l’ensemble de la filière, chez les offreurs et les clients.

Un autre problème mis en évidence dans les discussions concerne l’achat public et la difficulté pour des PME de vendre des solutions à l’administration. François Bourdoncle est très sensibilisé à cette question, ayant notamment conduit la réflexion sur le Small Business Act au sein du comité Richelieu. La difficulté est la peur des acheteurs publics, pénalement responsables pendant 3 ans des marchés passés. Acheter innovant est un risque. Dans les hôpitaux, il n’est pas possible d’acheter une solution qui ne pourrait être mise en concurrence : cela empêche tout dispositif innovant. Il faut faire évoluer les délais, les règles, le niveau de stress dans l’achat public. Il faut partager les meilleurs pratiques pour régler ces problèmes et développer le marché européen pour les start up.

Plusieurs questions ont concerné l’open data. Pour François Bourdoncle, l’open data est un moyen de contrôler les politiques publiques et de développer des logiques de ROI au niveau politique et économique. Une autre question concernait la qualité des données de l’open data : comment techniquement et budgétairement ouvrir massivement les données publiques, tout en continuant à produire des métadonnées de qualité ?

Nous arrivons à une nouvelle phase avec le Big data : ce ne sera plus seulement un outil de productivité, mais de plus en plus un vecteur de compétitivité. Dans le secteur de la santé par exemple, les enjeux sont immenses. On peut passer d’une logique curative à une logique préventive. Il faut à la fois veiller à la protection des données personnelles mais rendre possible l’interopérabilité de ces bases, pour générer de nouvelles hypothèses. Il faut réfléchir à des tiers de confiance pour pouvoir créer de la valeur.