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L'édition scientifique française en sciences sociales et humaines - Rapport de synthèse

Document à télécharger : L'édition scientifique française en sciences sociales et humaines - Rapport de synthèse

Document à télécharger : vol 2 "Economie de l’édition française de recherche en SHS"

Document à télécharger : vol 3 "Analyse des populations de revues SHS et des catalogues des plates-formes"

Une étude réalisée pour le TGE Adonis par le GFII Avec l'appui de M.V. Etudes et Conseil

L'étude « L'édition scientifique française en sciences sociales et humaines » visait à recueillir un ensemble de données (sur les populations de revues, sur l'économie de l'édition en SHS) qui puissent être partagées par tous les acteurs impliqués dans les débats sur l'évolution, à l'heure du numérique, des modèles économiques et opérationnels de l'édition scientifique en SHS.

Quelques données chiffrées

A fin 2008, on dénombrait 2010 revues en SHS (1758 si l'on exclut le compartiment « érudition locale ») ce qui, rapporté au nombre d'équipes de recherches en SHS (Universités et CNRS) donne un ratio très faible de 1,34 revues par unité de recherche. On relève donc une grande fragmentation de l'offre de revues SHS françaises. Celle-ci semble le corollaire d'un « positionnement » spécifique : les revues SHS, avant d'être le lieu de confrontation du travail collectif au sein d'une communauté disciplinaire (comme c'est le cas en sciences de la matière et de la vie), semblent l'expression, le vecteur de communication d'équipes de recherche. Cette fragmentation explique en partie l'audience globalement étroite de ces revues (nombre d'abonnés moyen inférieur à 200) et en conséquence la fragilité de leur économie. Par ailleurs l' « empreinte numérique » de ces revues dans la sphère du Web reste faible : fin 2008 54% des revues ne sont disponibles que sur support imprimé (elles étaient 76% en 2005). Dans leur très grande majorité ces revues ne répondent pas aux critères qui en garantiraient une meilleure visibilité à l'international(version numérique, enrichies de résumés et d'une indexation en anglais, attribution de DOI aux articles). Les éditeurs privés ne représentent que 34,6% de cette offre de revues, mais réalisent 60% du chiffre d'affaires. Tant pour les éditeurs publics que privés les plates-formes d'agrégateurs (CAIRN, Revues.org) se révèlent être un levier essentiel de l'évolution des revues vers un format numérique répondant à des critères qualitatifs (métadonnées, résumés) en garantissant la visibilité sur le Net.

Pourtant, et c'est là une spécificité du secteur des SHS par rapport à ce que l'on constate dans l'édition scientifique en « sciences dures », l'attention ne doit pas se focaliser uniquement sur les revues : les ouvrages gardent une place importante dans la communication scientifique des chercheurs en SHS. Ces ouvrages représentent par exemple 40% des achats des bibliothèques (universitaires ou de recherche) sur un total de 45 millions d'euros consacré à l'achat de ressources documentaires en SHS (contre 38% pour les périodiques et 22% pour les ressources numériques). Le chiffre d'affaires cumulé des différents types d'éditeurs français SHS serait de l'ordre de 27,2 millions d'euros pour le seul segment de marché « édition de recherche » et le CA net total des éditeurs dans l'édition SHS générale - dont l'édition de recherche est un sous-ensemble - a été lui évalué à 115 M? (ce chiffre n'inclue pas l'édition juridique). Le ratio entre ces deux chiffres (CA de l'édition de recherche rapport au CA de l'édition SHS général) ressort à 23,6 %. On relèvera que ce ratio est pratiquement égal à celui mis en évidence dans une étude économique approfondie du secteur de l'édition SHS conduite en 1989 par le Bipe (où ce ratio était de 23%). Il y aurait donc une stabilité, sur une longue période (20 ans), du poids relatif de l'édition de recherche au sein du CA de l'édition SHS en général. De plus le CA net éditeurs, exprimé en euros, affiche une quasi stabilité en monnaie courante sur 20 ans, aussi bien au niveau du « noyau dur » (édition de recherche stricto sensu) qu'au niveau de l'édition SHS générale. Cette stabilité en monnaie courante recouvre en fait une érosion de 43% liée à l'inflation des revenus réels des éditeurs, les deux compartiments (édition de recherche, édition générale) connaissant une dégradation de même intensité de leurs revenus réels. Sur le long terme, on assiste donc très nettement à une baisse en termes réels des chiffres d'affaires, qui peut expliquer la grande fragilité économique de l'édition française en SHS aujourd'hui. L'édition SHS apparaît comme faiblement rentable : entre l'érosion des chiffres moyens de vente et les prix relativement bas des ouvrages et périodiques en SHS, cette rentabilité a de plus tendance à se détériorer. Il est en tout cas évident que cette faible rentabilité de l'édition SHS dégage peu de moyens pour l'investissement, en particulier l'investissement sur les développements numériques.

Au-delà de l'étude

La construction de ce tableau économique de l'édition SHS est à resituer dans le débat collectif en cours sur l'évolution des modèles économiques de l'édition scientifique, et sur l'opportunité d'un modèle de libre accès sur le Net à ces ressources. Le débat sur le libre accès (Open Access) à la littérature scientifique postule que toute recherche financée sur fonds publics devrait voir ses résultats librement accessibles sur le Net. Si ce débat est vif dans le champ des « sciences exactes », il est tout aussi pertinent s'agissant des produits de la recherche en sciences humaines et sociales, qui ont en théorie vocation à enrichir le débat citoyen. La fragilité du tissu éditorial tant public que privé en édition SHS impose cependant une grande prudence dans l'évolution du modèle économique aujourd'hui encore très majoritairement centré sur la notion d' « utilisateur-payeur » (au travers par exemple de la souscription d'un abonnement). Comme le montre le succès de CAIRN et de revues.org, le passage au numérique peut contribuer à un ré-élargissement de l'audience de la communication scientifique en SHS. Le libre accès permettrait-il d'aller au-delà ? La question est posée. Mais la valeur ajoutée éditoriale, qui garantit la qualité des matériaux (articles, ouvrages) issus de la recherche en SHS a un coût et donc un prix. Deux conditions au moins, difficiles à satisfaire, semblent dans le contexte français être des préalables importants à une évolution vers un modèle généralisant le libre accès : d'une part que soient dégagés des crédits publics pérennes pour rémunérer le travail éditorial ; d'autre part que soient identifiés des modèles de « médiation » garantissant l'indépendance des conclusions des chercheurs, en désamorçant toute tentation des « financeurs » d'intervenir dans la formulation de ces conclusions.

A propos d'Adonis
Le Très Grand Equipement (TGE) Adonis est une structure du CNRS intervenant, au travers d'un soutien à des initiatives sélectionnées dans le cadre d'appels à projet, sur les différentes facettes (accès, publication, conservation) de la mobilisation des données et documents numérique des sciences humaines et sociales.